Pour Kajeem, l’heure n’est plus aux lamentations. L’icône du reggae ivoirien dresse un constat brutal : sans auto-production et sans scènes live, le mouvement risque l’asphyxie. Le « fils de Jah » sort du silence pour dénoncer l’immobilisme et annoncer son nouvel album, Général 5 Étoiles.

Kajeem ne mâche pas ses mots. L’industrie a changé, mais trop d’artistes restent figés dans le passé. « L’impression que j’ai, c’est que certains sont restés inscrits dans l’ancienne façon de faire la musique : attendre qu’un producteur vienne tout faire », déplore-t-il. Pour lui, la survie du reggae ivoirien passe par un seul mot d’ordre : créer. « Les gars doivent continuer à vivre par la création. Il n’y a que par de nouvelles productions que notre musique va continuer à vivre. » Face à la pénurie de producteurs traditionnels, l’auto-production n’est plus une option, c’est une urgence.

Produire en studio ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir jouer. Et c’est là que le bât blesse. Kajeem pointe « l’un des plus grands défis de ces vingt dernières années à Abidjan » : la fermeture en cascade des espaces de reggae live. Malgré un contexte économique rude pour les rares gérants qui résistent, l’artiste refuse la résignation. Il appelle à un sursaut : « Je suis de ceux qui travaillent et qui espèrent que de nouvelles salles viendront, et que celles qui sont en place continueront à vivre pour offrir des plateaux musicaux à la hauteur. »

Chaque 11 mai, la Côte d’Ivoire célèbre Bob Marley. Kajeem salue cette journée « institutionnalisée » qui prouve que les graines semées ont germé. Mais il fustige l’hypocrisie ambiante. « Ce que je trouve dommage, c’est que la plupart des médias, sur les 365 jours, n’attendent que le 11 mai pour donner de la visibilité à notre musique », assène-t-il. Pour Kajeem, le reggae doit rester un outil quotidien de combat, pas un alibi annuel. Il doit « dénoncer les travers de la société et redonner du courage aux plus faibles » 365 jours par an.

Loin des débats stériles sur les réseaux sociaux, ici1fo.com apprend que Kajeem prépare sa réponse en musique. Son prochain album, Général 5 Étoiles, est en fin de production. Un titre qui claque comme un bilan de guerre après plus de 30 ans de carrière. « C’est le grade acquis sur le terrain », lâche-t-il. Attendu par ses fans en Côte d’Ivoire et sur l’échiquier mondial, l’opus promet des textes ancrés dans les réalités du peuple.

Et à ceux qui lui reprochent son silence pendant les crises, sa réponse est sans appel : « Je ne suis pas un commentateur de l’actualité. Mes questions sont musicales et mes réponses seront dans l’album qui sort. Ceux qui l’écouteront sauront que je reste affûté, toujours en éveil, la voix des sans voix. »

Christ Yoann pour ICI1FO