Dans une tribune rendue publique, Dr Ahoua Don-Mello, expert associé de l’Université de Kazan, Vice-Président de l’Alliance Internationale des BRICS et figure de l’opposition ivoirienne, revient sur la hausse des prix des carburants entrée en vigueur le 1er août. Pour lui, il ne s’agit pas d’un simple ajustement technique, mais d’un « choc conjoncturel qui révèle les limites de la stratégie énergétique nationale ».

Depuis le 1er août, le super sans plomb passe de 875 à 905 FCFA le litre, +3,4 %. Le gasoil grimpe de 700 à 725 FCFA, +3,6 %. Le pétrole lampant atteint 780 FCFA contre 745 FCFA auparavant, +4,7 %. Le gaz butane reste inchangé. Le gouvernement justifie cette révision par les tensions sur les marchés pétroliers internationaux et la hausse des coûts d’approvisionnement.

Don Mello estime toutefois que la Côte d’Ivoire, pourtant pays producteur, reste prisonnière de cette volatilité. Selon lui, les contrats de concession dépossèdent l’État de son propre pétrole et l’obligent à se réapprovisionner sur le marché international. Les prix à la pompe dépendent donc du Brent, du coût du raffinage, du fret, du dollar et des tensions géopolitiques. « Un pays producteur peut demeurer fortement exposé lorsque son système énergétique dépend des marchés internationaux », écrit-il.

L’opposant souligne aussi l’effet domino sur l’économie. Une hausse de 25 à 30 FCFA par litre peut représenter plusieurs dizaines de millions de FCFA de charges supplémentaires par an pour une entreprise de 100 véhicules diesel. Ces surcoûts se répercutent sur le transport, l’alimentaire, le BTP et la logistique, et alimentent l’inflation.

Pour sortir de cette dépendance, Don Mello propose un « saut technologique ». Il juge désormais économiquement pertinente la transition vers le véhicule électrique. Moins cher au kilomètre, moins coûteux à entretenir, moins importateur de carburants, le véhicule électrique se développe déjà à Abidjan grâce à des initiatives privées. Mais leur généralisation exige, selon lui, un accompagnement de l’État : réseau de bornes de recharge financé à coût réduit, incitations fiscales, crédits préférentiels pour les transporteurs. Il suggère de commencer par les flottes publiques, les taxis, les VTC et les bus urbains.

Sur l’approvisionnement, il plaide pour des contrats de long terme avec décote auprès de plusieurs pays producteurs, à l’image des accords signés par la Chine avec la Russie. Il met cependant en garde : l’absence de souveraineté monétaire ferait de la Côte d’Ivoire « un complice des sanctions occidentales contre la Russie ». Il recommande donc une stratégie multipolaire assumée.

Enfin, il appelle à renforcer la Société Ivoirienne de Raffinage et ses 68 000 barils/jour de capacité, à transformer les contrats de concession en contrats de service et à investir dans le stockage. Une politique de raffinage plus ambitieuse permettrait, selon lui, de sécuriser l’approvisionnement et de positionner la Côte d’Ivoire comme plateforme énergétique régionale.

En conclusion, ici1fo.com note que Don Mello voit dans cette hausse « un signal d’alerte » mais aussi « une opportunité de transformation structurelle ». L’enjeu, dit-il, dépasse le prix du litre : il concerne la compétitivité de l’économie et la souveraineté énergétique à l’horizon 2035 dans le cadre du PND.

Christ Yoann pour ICI1FO