Soudan : Abyei, une frappe de drone sur un marché fait au moins 153 morts

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Il était environ 11 heures, lundi 19 octobre, quand le ciel s’est déchiré au-dessus du marché d’Amiet. Au nord de la ville d’Abyei, ce centre commercial grouillant de monde, où s’entassent barils de carburant, étals de mil et commerçants venus des deux Soudan, a été transformé en fournaise.

Une première frappe, puis une deuxième, puis une douzaine selon les témoins. Les bombes sont tombées toutes les dix minutes sur le dépôt de carburant, déclenchant un incendie qui a continué de brûler jusqu’au mardi. Au sol, des corps calcinés, des enfants, des femmes, des commerçants somaliens et soudanais, impossibles à identifier.

L’administration locale d’Abyei a d’abord annoncé 73 morts avant de revoir son bilan à la hausse dans la soirée de mardi : au moins 153 personnes tuées, des dizaines de blessés et 8 000 déplacés qui ont fui dans la brousse.

À l’hôpital Ameth Bek, seul établissement de la zone, ICI1FO apprend que les équipes de Médecins Sans Frontières ont reçu plus de vingt blessés, la plupart brûlés au troisième degré ou éventrés par des éclats d’obus. « C’est une situation horrible et choquante », a confié Yohana Akol Ngor, ministre de l’Information par intérim d’Abyei.

Joint par l’Associated Press, un officier de l’armée soudanaise a reconnu sous couvert d’anonymat que l’attaque avait bien été menée par les Forces armées soudanaises. Selon lui, la cible était un convoi de camions-citernes soupçonné d’approvisionner les Forces de soutien rapide, la milice paramilitaire qui affronte l’armée régulière depuis avril 2023. « Nous ne ciblons pas les civils », a-t-il assuré.

Une version contestée par Juba, qui a convoqué l’ambassadeur du Soudan pour protester officiellement. Le Soudan du Sud, qui revendique Abyei comme le Soudan depuis l’indépendance de 2011, a demandé que le dossier soit traité par la voie diplomatique et non par les armes, craignant que la guerre civile soudanaise ne déborde définitivement sur son territoire. L’ONU, dont la force de maintien de la paix FISNUA est déployée dans la région depuis douze ans, a condamné une série d’attaques de drones dans le pays sans nommer directement les auteurs.

Pierre le Blanc pour ICI1FO

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