Dakar, 19 novembre 2025. L’air de l’Azalaï Hôtel est chargé d’une émotion solennelle. Sous les projecteurs comme constaté par ICI1FO sur place, un homme au port majestueux, au sourire aussi célèbre que son nom, s’avance. La toge et l’épitoge académiques drapent ses épaules. À cet instant, sous le regard bienveillant des plus hautes personnalités, Abdoulaye Traoré, que le monde entier appelle Ben Badi, reçoit le titre suprême de Docteur Honoris Causa.
Dakar est symbolique pour lui. Ce n’est pas une simple capitale africaine, c’est une boucle qui se referme, un écho lointain qui résonne. Car pour Ben Badi, le Sénégal n’est pas une terre étrangère ; c’est le théâtre de son premier triomphe, le point de départ d’une odyssée qui, ce soir, atteint son apogée. Son regard, un instant, se perd au-delà de l’assistance. Il revoit Marcory, les terrains vagues, les rêves d’un enfant qui courait après un ballon en mousse.
Tout a commencé dans la chaleur vibrante de Marcory, dans un quartier populaire de la commune, où la vie est un sport de combat et la joie, une religion. C’est ici qu’Abdoulaye a forgé son caractère, dans les ruelles poussiéreuses où le football était une langue maternelle. Son talent était une évidence, un don qui s’imposait à chaque dribble, à chaque frappe précise. Il grandit, devient « Ben Badi », un surnom qui deviendra une légende. Son jeu, d’une élégance et d’une intelligence rares, le mène au plus haut.

Et puis, il y a 1992. Dakar, Sénégal. La CAN. La Côte d’Ivoire, portée par des géants comme Yeboah, Gadji Celi et son frère de jeu, Abdoulaye Traoré, atteint la finale. Le stade de l’Amitié est en ébullition. Dans une folie collective, les Éléphants remportent leur premier titre continental. Ben Badi, un des artisans de cette victoire, entre dans l’histoire. Il est couronné, il est sacré. Dakar scelle à jamais son statut de football africain. Ce jour-là, il ne pensait qu’à la coupe. Il ignorait que Dakar lui réservait un autre couronnement, trente-trois ans plus tard.
Comme toute carrière sportive, le temps du jeu s’achève. Mais pour un homme comme Ben Badi, la retraite n’est qu’un changement de terrain. Comment canaliser la popularité d’une idole, son sens du collectif et son leadership, au service d’une nation ? La réponse fut naturelle, évidente.
De héros des stades, il devient bâtisseur de paix. Sa notoriété, son humilité et son profond amour pour la Côte d’Ivoire le propulsent au cœur de la vie nationale. Il est nommé membre du Conseil Économique, Social, Environnemental et Culturel (CESEC). Sur ce nouveau terrain, il ne s’agit plus de dribbler des adversaires, mais de déjouer les clivages. Il ne s’agit plus de marquer des buts, mais de construire des ponts. Ben Badi met son immense crédit moral au service du dialogue, de la réconciliation et du développement harmonieux. Il utilise sa voix pour prêcher l’unité et le travail collectif, des valeurs qu’il a toujours incarnées sur un terrain de football.
Et voilà que le destin, dans un magnifique symbole, le rappelle à Dakar. Non plus dans le tumulte d’un stade, mais dans le silence recueilli d’une salle de cérémonie. L’IARPA (Institut Africain de Recherche et de Prospective sur l’Avenir), reconnaissant l’ampleur et la cohérence de son parcours, lui décerne le titre de Docteur Honoris Causa.
Cette distinction n’est pas seulement pour le footballeur génial ; elle est pour l’homme, le sage, le pacificateur. Elle récompense « toute sa carrière et ses initiatives à succès pour la Paix et le développement harmonieux de la Côte d’Ivoire ». C’est la consécration d’une vie passée du statut de héros national à celui de sage national.
De Dakar à Dakar. Du stade de l’Amitié à l’hôtel Azalaï. De la coupe en métal au parchemin honorifique. Le parcours de Ben Badi est un roman africain, une leçon de vie.
L’enfant de Marcory, qui rêvait de gloire footballistique, est revenu, des décennies plus tard, en sage honoré par la terre de ses premiers exploits. Il a prouvé qu’un champion peut être bien plus qu’un athlète ; il peut être le ciment d’une nation, une source d’inspiration pour la jeunesse, et un architecte de paix. Son histoire nous murmure une vérité essentielle : les plus belles victoires ne sont pas toujours celles que l’on remporte sur le terrain, mais celles que l’on construit, avec patience et humilité, pour les générations futures.
Ben Badi, l’enfant de Marcory, est désormais Docteur Ben Badi. Et son plus beau but, peut-être, fut celui de toute une vie.
Christ Yoann pour ICI1FO
