Alors que le Burkina Faso, le Mali et le Niger opèrent une rupture géopolitique majeure à travers l’Alliance des États du Sahel (AES), et que de nombreux pays africains repensent leurs modèles de gouvernance, la question des mécanismes hérités de la colonisation revient avec force au centre des débats.
Dans ce contexte de résurgence souverainiste, un ensemble d’« accords » revient régulièrement dans l’opinion publique : les 11 accords coloniaux que quatorze pays francophones auraient été contraints de signer au lendemain de leur indépendance.
Si certaines dispositions relèvent encore de zones d’ombre ou d’interprétations divergentes, il demeure indéniable que l’influence française, économique, monétaire, militaire et culturelle a profondément structuré plusieurs décennies de relations franco-africaines.

Voici un rappel détaillé de ces onze points souvent cités dans les débats publics.
1. Une « dette coloniale » pour rembourser les bénéfices de la colonisation
Selon ce principe, les nouveaux États devaient rembourser à la France les infrastructures construites durant la colonisation. Aucun document public n’a jamais établi de façon transparente le coût réel de ces travaux ni leur évaluation.
2. Dépôt obligatoire des réserves financières à la Banque de France
Depuis 1961, quatorze pays africains, dont le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Sénégal, auraient dû déposer jusqu’à 80 % de leurs réserves sur un compte géré par le Trésor français, limitant drastiquement leur autonomie monétaire.
3. Droit de premier refus sur les ressources naturelles
La France aurait obtenu la priorité absolue pour l’achat de toute ressource stratégique découverte dans ses anciennes colonies. Ce n’est qu’en cas de désintérêt français que d’autres partenaires pouvaient être sollicités.
4. Priorité aux entreprises françaises dans les marchés publics
Ce mécanisme offrait aux entreprises françaises un accès privilégié aux grands projets économiques, renforçant leur domination dans des secteurs essentiels tels que l’énergie, l’eau potable, les banques, les transports ou les télécommunications.
5. Monopole de fourniture d’équipements militaires et formation des officiers
Les forces armées africaines devaient s’équiper exclusivement auprès de la France, et leurs officiers étaient formés prioritairement dans les écoles militaires françaises.
6. Droit d’intervention militaire française
Grâce à des « accords de défense », la France se réservait la possibilité d’intervenir militairement dans les pays signataires, et d’y maintenir des bases permanentes.
7. Le français comme langue officielle imposée
La promotion du français et l’institutionnalisation de la Francophonie ont contribué à installer une influence culturelle durable dans les pays concernés.
8. Obligation d’utiliser le franc CFA
Symbole fort de dépendance monétaire, le franc CFA ne pouvait être abandonné qu’avec l’accord explicite de la France. Il reste, selon de nombreux analystes, un outil de domination économique.
9. Transmission annuelle obligatoire des rapports financiers
Les banques centrales africaines devaient transmettre chaque année des rapports détaillés au Trésor français, conditionnant ainsi l’accès à certaines facilités financières.
10. Interdiction de nouer des alliances militaires sans autorisation française
Pour plusieurs décennies, les États africains francophones n’ont pu établir de nouvelles alliances sécuritaires ou militaires sans l’accord préalable de Paris.
11. Obligation de soutenir la France en cas de guerre
Plusieurs pays africains devaient s’aligner automatiquement sur la France en cas de conflit international, héritage direct des liens militaires coloniaux.

Mais que dire de l’AES et la nouvelle dynamique africaine vers une réelle souveraineté?
Plusieurs décennies après les indépendances, un mouvement profond de transformation traverse aujourd’hui le continent. La rupture opérée par le Burkina Faso, le Mali et le Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) en constitue la manifestation la plus spectaculaire. Cette coalition, née de défis sécuritaires communs, s’est rapidement transformée en un projet politique, économique et identitaire assumé : la reconquête totale de la souveraineté nationale.
Dans le giron des africains de l’espace AES, ça sonne la fin d’un cycle historique ?
En rompant avec la présence militaire française, en dénonçant les accords de défense et en affirmant leur volonté de sortir du franc CFA, les trois États sahéliens posent des gestes d’une portée historique.
Pierre le Blanc pour ICI1FO
