Alors qu’elle était en Guinée-Bissau pour tuer une crise électorale dans l’œuf, ICI1FO apprend qu’une mission de haut niveau de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) a été dans l’obligation de quitter le pays après des menaces du président de la république, Umaro Sissoco Embalo.
La menace d’expulsion est venue directement de Umaro Sissoco Embalo, le chef de l’État en personne. C’est ce qui ressort d’un communiqué publié le 2 mars 2025. Cette menace, la mission de la CEDEAO l’a prise très au sérieux. Dès le petit matin, elle a plié bagages en catastrophe, quittant ainsi illico presto la Guinée-Bissau, où elle avait été pourtant envoyée pour faire de la médiation entre la classe politique et le président Embalo qui est en fin de mandat et qui semble vouloir un bonus.

Cela, après avoir « été reçue en audience par le président Umaro Sissoco Embalo » et « tenu des consultations avec un large éventail de parties prenantes nationales » afin de parvenir à un « consensus » pour la tenue d’élections en 2025 dans le pays.
Un véritable camouflet diplomatique pour la CEDEAO dont les problèmes ne font que s’accentuer. Sans aucun doute, une telle humiliation infligée à l’organisation sous-régionale et venant du président Embalo a surpris plus d’un.
Embalo s’est envolé le 25 février 2025, pour une visite d’État en Fédération de Russie, puis à Bakou en Azerbaïdjan, à Budapest en Hongrie, avant de poser ses valises à Paris en France. Lorsqu’il a été reçu au Kremlin à Moscou, le président russe Vladimir Poutine a espéré qu’il sera réélu président à la tête de la Guinée-Bissau pour mieux renforcer les liens d’amitié et de coopération entre les deux pays. Cela a-t-il pesé dans la menace du président Umaro Sissoko contre la mission de la CEDEAO ?
Dans un passé récent, ce président Bissau-guinéen, démocrate de son état et autrefois président en exercice de la CEDEAO, notamment en 2022, a probablement donné du fil à retordre aux militaires au pouvoir en Guinée ou au Mali, par exemple. La CEDEAO, qu’il a dirigée, dictait la norme, imposait des sanctions et embargos.
En septembre 2022, sur la Guinée, il a jugé inacceptable un calendrier de retour à un pouvoir civil au-delà de 24 mois, tout en prévenant que si le Général Mamady Doumbouya et ses hommes persistent à maintenir leur délai de 36 mois, de nouvelles sanctions seraient prises. C’est lui qui avait appelé à la création d’une force anti-putsch de la CEDEAO, affirmant que la recrudescence des coups d’État dans la région était « démodée ».
Très déterminé à combattre cette manière de prolonger les mandats présidentiels, Embalo Sissoko s’en était même pris aux présidents ivoirien Alassane Ouattara et guinéen Alpha Condé lors d’un sommet de l’organisation sous-régionale. Nous étions en août 2020. À l’époque, en pleine visioconférence entre chefs d’État de pays membres de la CEDEAO, l’homme aux principes démocratiques très strictes a dit à qui veut l’entendre que les troisièmes mandats étaient des « coups d’État ».
Cependant, 5 ans après cette réaction qui n’avait pas été du goût des présidents Ouattara et Condé, qui avaient modifié les constitutions de leurs pays pour s’offrir des troisièmes mandats, Embalo, à son tour, plonge tout le monde dans une confusion sur la durée de son propre mandat.
On se rappelle encore du lundi 4 décembre 2023 où il a dissous le Parlement, seulement trois jours après des affrontements armés qui ont secoué la Guinée-Bissau, sans même préciser le calendrier des futures élections législatives. Une deuxième dissolution depuis 2020.
« Après cette tentative de coup d’État menée par la Garde nationale et devant les preuves fortes de l’existence de complicités politiques, le fonctionnement normal des institutions de la République est devenu impossible. Ces faits confirment l’existence d’une grave crise politique», disait-il.
En 2023, lorsque le président Mohamed Bazoum a été renversé au Niger, la CEDEAO avait décidé d’intervenir militairement pour le rétablir au grand dam du Général Abdourahamane Tiani, son tombeur.
Le Burkina et le Mali avaient menacé d’intervenir aux côtés du Niger. Le président Bissau-guinéen avait indiqué depuis la France que l’option était encore sur la table comme si l’intervention militaire était un impératif.
La CEDEAO, une organisation qui ne fait plus peur
Des observateurs avisés ont fini par se convaincre que la CEDEAO ne fait plus peur comme avant. C’est sans doute la raison pour laquelle des fervents défenseurs de ses principes peuvent se permettre aujourd’hui de chasser ses missi dominici comme cela été le cas en Guinée-Bissau avec Umaro Embalo Sissoko.
Cela était impensable jusqu’à ce que les présidents des pays de la Confédération des États du Sahel décident de quitter cette CEDEAO, tout en dénonçant beaucoup de manquements.
Depuis lors, la crédibilité de l’organisation sous-régionale a été mise à rude épreuve, son image ternie, perdant ainsi toute considération de la part de plusieurs personnes. Lesquelles continuent de dénoncer la politique du deux poids deux mesures et l’incohérence de cette organisation qui viole ses propres textes.
Pierre le Blanc pour ICI1FO
